impressions croisées n°4 - Le quartier européen de Strasbourg

Publié le par Mille Pat

Cette fois, Jana, à la pointe de sa plume acérée, porte l'estocade, d'un Z qui veut dire Jana Z, contre les administrations européennes, dont l'emblématique parlement européen de Strasbourg, où elle étudie pendant un semestre.

Appréciez le niveau de son français, son humour fin, respectez son point de vue, commentez-le, exprimez le vôtre! Et s'il y a une raison pour laquelle il faut conserver l'idée d'une Europe unie, quelle que soit ce que l'on met derrière le qualificatif unie, c'est bien Erasmus!

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Le quartier européen de Strasbourg

En République Tchèque, on entend souvent dire par quelqu´un en colère : « Poženu tě až do Štrasburku ! », qu´on peut traduire en français comme : « Je t´emmènerai jusqu´à Strasbourg » ! Cela ne veut pas dire qu´on va voyager ensemble dans cette ville alsacienne pittoresque, pleine de maisons à colombage (est-ce que ceux qui prononcent cette petite phrase savent d´ailleurs où est Strasbourg ou comment c’est ?), mais qu´on a un grand problème que personne d´autre que Strasbourg ne peut résoudre. C´est exactement ça, ce que Strasbourg signifie pour eux, une institution d´un grand format où on trouve une vraie justice.

Derrière ces mots, se cache d’abord la Cour Européenne des Droits de l´Homme. Mais ce n´est pas la seule institution qu´on trouve dans le quartier européen, il a y aussi le Conseil de l´Europe et le Parlement Européen. C´est un quartier nouveau, beau, propre, entouré par des canaux de l´Ill, par des villas, par des caméras... Il y a aussi l´Orangerie, le parc le plus grand et le plus célèbre de Strasbourg.

Je ne peux pas dire grand-chose du bâtiment du Conseil de l´Europe. On dirait un immeuble de bureaux quelconque. Par contre, le bâtiment de la Cour est très réussi, ça ressemble (au moins à mon avis) à une soucoupe étrange, comme si l´architecte pensait que l´homme n´était plus capable de bons jugements et cherchait une justice venue d´ailleurs. Devant la Cour, des panneaux décorés du mur de Berlin sont installés, c’est le symbole de la démocratie et de la liberté. On y trouve aussi des tentes, il y en a trois ou quatre, dans lesquels habitent ceux qui protestent contre l´injustice qu´ils décrivent sur de grandes affiches, près des tentes. « Habiter » dehors quand il fait 5 degrés, c´est un sacrifice. Je les ai vus, au début du mois de septembre. Je ne pense pas que ça soit un moyen de protestation efficace, néanmoins, c´est remarquable. Le Parlement Européen siège dans quatre bâtiments dont le plus impressionnant est celui de Louise Weiss. Ce nouveau bâtiment futuriste en forme de proue de navire, avec une grande terrasse panoramique a été nommé d´après cette écrivaine, féministe et femme politique alsacienne. J´ai eu de la chance de le visiter.

Notre guide dans ce « monstre de verre » était un monsieur pas trop amusant. Au début de la visite, il a appris que nous étions un groupe d’étudiants venant du monde entier, si bien qu´ensuite, il répétait affectueusement certains mots comme si on était des bêtes ! Il a vite fait le tour, puis il nous a amené dans une salle pour voir une vidéo sur l´Union Européenne. Il était évident que ce monsieur avait un bon poste et qu´il voulait le garder. Pendant cet éloge de l´Union Européenne qui a duré presque une heure, il a souligné « le travail honorable des députés européens qui faisaient tout ce qu´ils pouvaient pour constituer une nouvelle Europe, un continent uni et fort dont on serait tous fier ». Il a fait un plaidoyer en faveur des députés, disant que «s´ils n´étaient pas dans la salle plénière pendant la session, ce ne serait pas parce qu´ils ne travaillaient pas mais parce qu´ils étaient dans leurs clubs politiques pour discuter des nouveaux propositions de loi. » A la fin, il n’a pas oublié de mentionner que « nous étions ici seulement grâce à l´U.E., puisque c´est elle qui finance Erasmus, et qu´il fallait bien en prendre conscience. »

Je ne suis pas contre l´idée de l´U.E., par contre, à cet instant, j’ai ressenti de la vanité ; en partant du Parlement, j´étais vraiment triste, déçue. Il me semblait que je venais de quitter une nouvelle église dont la religion s´appellerait l’Européisme et qui ne servirait qu´à jeter de l´argent dans un trou. Je ne suis pas contre les projets qui marchent bien. Par contre, à quoi sert-il d´avoir plusieurs parlements dans lesquels on se remplace régulièrement, des parlements si éblouissants, si vastes, si coûteux ? N´est-ce pas, par hasard, parce que pendant la session plénière, Strasbourg accueille 3 000 personnes ce qui représente une ressource économique importante? Et je ne parle pas des coûts pour le transport vers Bruxelles. A quoi sert-il de s´intéresser au niveau européen si on peut nommer des confitures tchèques « marmeláda » ou pas, si on peut garder le titre « pomazánkové máslo » pour un produit qui ne contient pas de beurre etc. ? Quand je regarde les politiciens tchèques dans leurs cocons de soie, si éloignés de la vérité, de la vie des autres en dehors de Prague, des électeurs qui se méfient de tous en ce moment, comment cela pourrait-il fonctionner au niveau européen ? Je pensais que le pouvoir centralisé était une survivance. Je pensais qu´on s´était déjà rendu compte des disparités nationales, même régionales qui sont si grandes, si belles qu´il serait inutile et même dommage de les effacer.

             Peu importe ! La plupart des tchèques ne savent pas qu´à Strasbourg, il y a le Parlement Européen. Avant d´arriver ici, je ne le savais pas, non plus. Le quartier européen est représenté, chez nous, seulement par la Cour Européenne des Droits de l´Homme. Et ça pourrait peut-être rester comme ça. Seulement, pour moi c´est différent ; après avoir vécue trois mois ici, la signification de la phrase « poženu tě až do Štrasburku » a une autre dimension.

Jana Z.

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Publié dans Impressions politiques

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