impressions croisées n°1 - Gastronomie ou bureaucratie?
Une nouvelle rubrique voit le jour, sous l'appellation
impressions croisées (de Jana Z.).


De quoi s'agit-il? Sous la forme de billets réguliers, une jeune tchèque, actuellement étudiante à Strasbourg dans le cadre du programme Erasmus, va s'exprimer, en français et au gré de son humeur, sur son expérience dans la capitale alsacienne et...européenne. Cette carte blanche, en écho aux impressions de Prague que j'écris comme Français de Prague, a pour objectif d'apporter un point de vue extérieur sur la vie en France et toutes ses déclinaisons: économiques, sociales, culturelles... Jana écrit en toute liberté, sans directive. Et, volontairement, le texte reste brut. Certains maladresses de style peuvent donc s'y glisser mais le premier qui critique la forme aura affaire à moi!
Dès le premier billet, vous pourrez ainsi admirer sa maîtrise de l'accord du participe passé, de la concordance des temps, ou des expressions idiomatiques françaises, construite dans la section bilingue d'Olomouc, une petite ville morave de l'est de la République tchèque. Mais vous pourrez surtout constater son sens aigu de l'observation, et son très fin sens de l'humour. J'espère que cela va provoquer de nombreuses réactions. Merci et bravo Jana!
La France, est-elle une puissance plutôt bureaucratique ou gastronomique ?
Avant de commencer, permettez-moi de me présenter. Je m´appelle Jana ZAHRADNÍČKOVÁ (1), j´étudie la statistique à l´Université d´économie de Prague. Il y a un an, j´ai décidé d´aller à l´étranger pour y étudier un semestre. Pour destination, j´ai choisi la France, même si c´est un pays le plus populaire parmi les étudiants. Je devais donc prendre les efforts et je croyais que mes connaissances de langue, de culture et histoire française me sauveraient. Heureusement, j´ai battu la plupart de mes concurrents et actuellement, je me trouve à Strasbourg, une ville franco-allemande d´un format européen.
Avant visiter la ville, avant se reposer dans le parc ou avant faire un pique-nique, il a fallu organiser les choses de base pour pouvoir s´abriter, manger, étudier et se déplacer, en d´autres termes tout ce qui est nécessaire pour survivre dans un nouvel endroit. Mais dans toutes ces activités, il y avait un obstacle énorme que les français nomment « la démarche administrative. » C´est un processus pendant lequel on passe des heures dans le queue, on court d´une porte à l´autre et on est complétement confus et nerveux. Un exemple précis pour tous les autres : pour pouvoir se loger à la résidence universitaire, il faut avoir une assurance d´habitation que je ne connaissais pas jusqu´alors. Une dame du bureau à la résidence universitaire m´a donc dirigée à la banque pour faire une assurance. Je suis arrivée à la banque et ils m´ont dit qu´un rendez-vous devait être fixé auparavant. J´ai dû donc attendre pendant deux heures et finalement la dame du bureau à la banque m´a informée, qu´il fallait d´abord avoir une confirmation que j´habitais à la résidence universitaire ! J´ai dû donc me retourner au bureau de la résidence, prendre la file, demander la confirmation de la résidence universitaire et répéter tout de nouveau. Pourquoi la dame du bureau à la résidence ne m´avait-elle pas donné une confirmation avant de m´envoyer à la banque ? Elle a dû savoir qu´il en faut ! Je n´étais pas la première qui a eu besoin de l´assurance ! Une démarche administrative est vraiment un enfer en France, je ne connais pas de pays tellement bureaucratique. En tout cas, je suis heureuse que je suis européenne et que je n´ai pas besoin d´une assurance sociale, car ça m´apporterait des heures de plus dans les queues.
Si la démarche administrative est un enfer en France, tout ce qui concerne le repas, au contraire, est le paradis. J´ai fait les courses déjà plusieurs fois et chaque fois j´étais capable de passer une heure dans un magasin. J´observais tous les yaourts aux saveurs différentes, par exemple figue ou coco que je n´ai jamais vues. J´examinais les mousses au chocolat, mousses au caramel ou combinaison de tous les deux car ce type de marchandise ne se vend pas en Tchéquie. Tous les fromages étaient pour moi du chinois, j´aurais besoin d´un expert pour me conseiller. Ce qui est triste, c´est que le fromage râpé le moins cher a une qualité beaucoup plus élevée qu´un fromage haut de gamme en Tchéquie. J´étais vraiment surprise par une qualité irréprochable des légumes tout bio que les agriculteurs alsaciens vendent sur le marché le mardi. Chaque partie du marché a une odeur particulière, on y trouve tout, les saucissons, les épices, les produits locaux ou exotiques. J´étais particulièrement intéressée par un événement qui s´appelle « Du champ à l´assiette » organisé chaque semaine dans des divers quartiers de Strasbourg. Pendant cet événement, on peut acheter un panier de légumes et de produits fermiers. Le contenu des paniers varie selon la saison et on y trouve les produits frais ou transformés. Cela permet aux acheteurs de mieux connaitre le producteur et de manger les produits locaux pour un prix moins élevé qu´ailleurs. En plus, les restaurants universitaires de Strasbourg sont un rêve de tous les étudiants Tchèques. Pour 3,1 euros seulement, on peut y manger le repas complet, c´est à dire l´entrée, le plat principal, dessert, fromage et une baguette. Les restaurants sont ouverts aussi le soir, le samedi et pour le dimanche, les cuisiniers préparent le brunch ! Je n´ai pas encore mangé de plat qui ne serait pas délicieux !
Donc pour conclure, il faut dire que la France est un pays plutôt gastronomique que bureaucratique. On passe par la démarche administrative une ou deux premières semaines tandis qu´on mange le reste du temps !
Jana Z.
(1): petite jardinière (zahradník = jardinier)